Jeux d’Enfants (1)

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Contes du Néant: Jeux d’Enfants

Cache-Cache

Le poste de commandement est bondé. Des officiers courent dans tout les sens pour donner des ordres, écouter les messages et les transmettre aux vaisseaux de la flotte. L’amiral est assis au centre et regarde une carte affichée devant lui. Il suit le trajet d’une navette et tente de définir où elle a bien pu passer. Il y a un quart d’heure à peine, on avait perdu sa trace et depuis, tout le monde la cherche. Une lieutenant, portant l’uniforme des transmissions, s’approche de lui.

– Amiral Dash! Nous avons retrouvé le fugitif James Woodsmith. Il se cache sur la planète Alba. Nous n’avons pas pu le localiser exactement mais nos informateurs sont sûr d’eux. Ils ont pu définir un périmètre de recherche de moins de deux kilomètres. Nous ne pouvons intervenir du ciel à cause des pertes civiles potentielles.

– Est-il seul?

– Non amiral, certains rebelles qui devaient être jugés en même temps que lui, se sont échappés et l’ont suivi. Nous ne sommes pas certains, mais il y aurait une dizaine de rebelles selon nos premières estimations et les rapports de la base.

– Bien! Préparez une escouade et une navette, nous descendons à la surface. Je dirigerai personnellement l’escouade. Vous, vous serez notre officier de liaison. Exécution!

– Bien monsieur.

Elle se retire. L’amiral reste encore quelques minutes à son poste. Le temps de lire les messages vraiment urgents et de passer le commandement à son second. Il part ensuite se préparer dans ses quartiers. La flotte reste en alerte et des rapports continuent de circuler parmi les vaisseaux.

Une heure plus tard, la navette se pose dans une clairière, au milieu de la forêt. Dix soldats, trois infirmiers, et deux officiers suivent l’amiral dehors. Les autres restent pour garder l’appareil. La troupe s’infiltre dans la forêt en silence. Selon les rapports, La cible est cachée dans un rayon de deux kilomètres juste devant nous. Vu la configuration du terrain, le meilleur endroit pour se défendre est vers l’est. Des petites collines boisées facilement défendables par quelques hommes bien dissimulés sont parfaites pour une embuscade. Le camp doit se trouver au centre, près d?une vieille bâtisse abandonnée. On ne peut pas intervenir depuis l’espace sans risquer de créer une catastrophe diplomatique avec les citoyens de cette planète. Nous devons agir avec discrétion.

Rien ne se passe pendant une petite demi-heure. Arrivé à deux cents mètres des premières collines, je m’accroupis et fais signe aux deux officiers de venir vers moi. Les autres se déploient autour de moi tout en restant sous l’abri des arbres. Cinquante mètres à découvert nous attendent, puis une centaine de mètres à couvert et encore cinquante à découvert avant d’arriver sur le campement présumé. Je me tourne vers la lieutenant de liaison.

– Officier Jeamson, dites à mon second que nous sommes bien arrivés au point de contrôle. Dites-lui que nous allons mener l’assaut et qu’il se tienne prêt à intervenir pour nous rapatrier dans l’urgence. Une fois qu’on tiendra notre fugitif, il faudra faire vite. Nos diplomates pourront toujours s’arranger plus tard de cette intrusion territoriale.

– Oui, Amiral! murmura-t-elle.

Je me tourne vers le deuxième soldat.

– Officier Trevor, prenez la moitié des soldats et partez vers le nord pour les contourner. Au premier coup de feu, vous foncez et neutralisez tout ce qui bouge. Compris?

– Oui, Amiral!

– Et n’oubliez pas, nous devons ramener le fugitif vivant, donc réglez vos armes.

Il se retourne et sélectionne une personne sur deux. Les trois infirmiers resteront en arrière pour s’occuper des blessés. Deux gardes supplémentaires les encadrent pour leur protection. Chacun règle son matériel et je fais signe au reste des soldats de me suivre. Je m’accroupis à la lisière et envoie le premier homme à découvert. Il s’avance et court jusqu’au prochain poste à couvert. Rien ne se passe et il nous fait signe de continuer. Un soldat s’avance puis un autre, sans aucun soucis. Lorsque le quatrième homme arrive au milieu du parcours, une silhouette sort des hautes herbes et saute sur lui. Avant même que nous puissions réagir, la silhouette s’est déjà évaporée, emportant le soldat avec lui. Un cri venant d’en face nous apprends que les hommes qui sont déjà passés sont attaqués. L’amiral s’élance aussitôt avec le dernier soldat resté avec lui et rejoint le reste de la troupe. Lorsqu?il arrive sur les lieux, ses hommes ont disparu. Un bruit de branche cassée derrière lui l’avertit d’un danger. Il se retourne juste à temps pour voir un couteau viser son omoplate. Il évite de justesse une blessure mortelle et envoie son poing dans le visage de son assaillant. La lame ripe sur une côte et tombe au sol. Le rebelle reste à terre et l’amiral se redresse en récupérant son arme. Il repart vers le lieu du campement ennemi. Pendant qu’il court, il pense au reste de ses hommes qui ont contourné le campement. L’officier Trevor avait peut-être été attaqué pendant sa progression, sinon le cri lui aurait donné le signal et il aurait attaqué. Il faut que l’amiral arrive à temps pour que le fugitif ne lui échappe pas encore. Il est sûr que s’il n’est pas là pour l’arrêter, ce brigand arrivera à s’enfuir. Il avait pris personnellement le commandement de la flotte et de cette mission uniquement pour une chose, c’est qu’il lui avait fallu plus de deux ans pour mettre la main sur ce criminel. Une traque longue et extrêmement difficile. L’amiral avait perdu beaucoup d’hommes et sa seule consolation était que son adversaire en avait perdu autant. Il avait fini par mettre la main dessus et juste quand il allait le remettre aux autorités, le fugitif avait encore réussi à s’échapper et à prendre une navette pour arriver jusqu’ici. Aussitôt, l’Amiral avait réuni une petite flotte et avait suivi la balise de la navette. Maintenant, il n’était pas question que ce bâtard lui file entre les doigts. Et à part les quelques vaisseaux qu’il avait avec lui, rien ne pourrait lui venir en aide.

L’amiral cours le plus vite qu’il peut sans trop se faire voir. Des cris résonnent au loin. Sur sa gauche, un homme solitaire tente de s’enfuir. L’amiral se jette sur lui et le maîtrise rapidement, ce n’est qu’un homme de main. Il assomme le rebelle et repart en direction des sons. Son coeur bat la chamade et ses tempes bourdonnent. Le souffle court, il arrive près des combats. Il ne reste plus que deux soldats aux prises avec un rebelle et l’officier Trevor en train de se faire jeter par terre par Woodsmith. Le sang ne fait qu’un tour et l’amiral se jette sur lui. Le fugitif réceptionne l’amiral et tous les deux tombent à terre. Commence un roulé-boulé où les coups pleuvent des deux côtés. Le dernier rebelle encore en vie, arrive à se défaire de l’un de ses assaillants mais expose son flanc droit par la même occasion. Le soldat envoie un coup de genou et le rebelle s’effondre. Pendant ce temps-là, l’amiral avait réussi à passer sur Woodsmith et lui envoie son poing en pleine figure. Un deuxième, puis un autre avant que le fugitif ne se rende en levant les bras. L’amiral s’arrête et se relève difficilement. Trop tard pour comprendre son erreur. Le criminel se jette sur lui et lui ceinture les hanches pour le faire tomber. Ils basculent dans un nouveau roulé-boulé. Les deux hommes arrivent à se séparer et commencent à tourner en rond l’un autour de l’autre. James Woodsmith sourit et regarde l’amiral.

– Alors Dash, tu as encore réussi à me rattraper. J’espère cette fois pour toi, que personne ne viendra nous interrompre.

– La dernière fois tu as eu de la chance Jimmy. Cette fois, ce sera pas pareil!

– Nous verrons bien! cria-t-il en se jetant sur l’amiral. Les deux hommes en reviennent au corps à corps et oublient ce qui les entoure.

L’officier Trevor, remis de ses émotions, tente de se relever pour aider son amiral quand une cloche familière sonne dans la clairière. Tous le monde s’arrête et regarde en direction du Campement. Une vieille femme sort du petit bâtiment central en agitant une cloche de bas en haut.

– Les enfants, la récréation est finie maintenant. Allons, pressons!

Les morts se relèvent en maugréant et se dirigent vers la classe. Jimmy et Dash continuent de se battre comme si de rien n’était jusqu’à ce que madame Grangier vienne les séparer.

– Arrêtez, bande de voyous! On ne se comporte pas comme ça à l’école! gronda-t-elle.

L’amiral Dash se retourne vers elle avec un regard suppliant. Jimmy sourit de toutes ses dents comme un petit ange.

– Mais madame, c’est un criminel et je dois le remettre aux autorités! implora-t-il.

– Dash, tu sais que je n’aime pas les mensonges. Le jeu est fini et de toutes façons, il est trop violent. Je vous avais interdit d’y jouer mais vous ne m’avez pas écoutée donc vous serez puni tous les deux. Maintenant venez, la classe entière nous attends. En plus, il faut que l?on s?occupe de vos blessures, messieurs. A cause de vous deux, il va être impossible de calmer les autres. Les histoires que vous inventez, perturbent vos petits camarades et produisent beaucoup de chahuts et de bavardages.

Elle part d’un pas vif sans même regarder si les deux petits garçons la suivent. Dash, furieux, se retourne vers Jimmy.

– On se retrouvera. Tu payeras pour tous tes crimes, sois-en sûr!

– On verra si tu arriveras à m’attraper la prochaine fois.

Et avec un sourire et l’oubli que procure la jeunesse, les deux enfants repartent en cours, bras-dessus, bras-dessous…


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