La Fouille de ma Vie

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Récit Isolé : La Fouille de ma Vie

Jeune archéologue, j’étais arrivé en Egypte à la fin de l’été. J’effectuais alors mes premières fouilles sous la plus grande des pyramides de Gizeh. Un soir, alors que le soleil disparaissait à l’horizon, je finissais de déblayer un tombeau vieux de trois-mille ans. Au fond de la salle de sacrement, une lumière apparut soudainement sur le sarcophage. Elle repartit aussi vite qu’elle était venue. Aucune fenêtre ne donnait vers l’extérieur et la lanterne n’éclairait pas aussi loin. De plus, la lumière était venue d’au-dessus et à part le plafond, il n’y avait rien. Pensant que c’était dû à la fatigue, je me relevai doucement. Je me dirigeai vers la glacière et pris une bière d’importation allemande. Après quelques pas, je m’assis sur un banc. Je pris une grande gorgée pour me détendre. Amir, mon collègue, posa ses outils et me rejoignit sur le banc. Je rapprochais la glacière de nous. Il s’assit avec son large sourire et me tendit le bras.

– Alors on fait la pose? Envoie-moi une bouteille d’eau s’il te plaît. Et donne-moi aussi le pain et le fromage. J’ai une petite faim.

Je lui passai rapidement la nourriture. Je me surpris à le détailler du regard et a lui demander:

– Dis-moi, ça fait combien de temps que tu es là?

– Quatre ans et crois-moi, ce n’est pas drôle tout le temps. Et toi?

– C’est ma première fouille et cela ne fait qu’un mois que je suis arrivé.

– Je vois.

Amir était notre traducteur de hiéroglyphes. Homme plutôt maigre et petit, avec un visage toujours souriant surmonté de petites lunettes rondes posées sur le bout de son nez, ainsi qu’une barbe et des cheveux noirs touffus. Jovial et amical, il ne se lassait jamais d’apprendre de nouveaux trucs et on le voyait constamment se balader entre les équipes, discutant de tout et de rien. Tout le monde l’adorait et chaque personne avait une dette envers lui.

Après quelques réflexions, je me décidai à parler de l’étrange lumière que j’avais aperçu tout à l’heure.

– Dis-moi Amir, ça t’es déjà arrivé des trucs bizarres pendant une fouille?

– Quel genre?

– Tu sais, des momies qui se réveillent, des cris qui viennent de nulle part, des bruits suspects ou des lumières qui apparaissent et disparaissent comme par enchantement.

Il me regarda d’un drôle d’air et une lueur inquiète passa furtivement dans ses yeux.

– Mais de quoi veux-tu parler bon sang!

Je pris une grande inspiration et m’apprêtai à lui dire ce que j’avais sur le coeur.

– Tout à l’heure j’ai cru voir une lumière dans la salle du fond. Je pense que c’est dû à la fatigue et que ce n’est rien mais je sais pas, on aurait dit que c’était vachement réel et que cela venait du plafond.

Son visage se décomposa et son sourire s’effaça pour laisser place à un mélange de terreur et d’excitation.

– Tu l’as aussi vu. Je croyais être le seul et que j’avais un peu trop abusé de l’alcool de datte hier soir, mais maintenant qu’on est deux, il n’y a plus aucun doute.

– On était peut-être tout les deux fatigués?

– Non, ce que l’on a vu était bien réel et de toutes façons il n’y a qu’un moyen de le prouver.

Nos regards se croisèrent et d’un même mouvement, nous nous levâmes pour nous diriger vers le tombeau. Amir attrapa une pioche au passage et la brandit comme une arme. Je n’avais pour ma part qu’un couteau suisse pour seule défense. Arrivé près du sarcophage posé au milieu de la salle, le traducteur se retourna vers moi.

– La lumière indiquait le centre de la stèle. Tu penses que c’est dessous ou à l’intérieur?

– Je sais pas. Essayons de la faire bouger pour voir. Mais pas de blagues, si un truc sort de là-dedans, tu cognes avec ta pioche, ok?

– D’accord, allez on y va.

Précautionneusement, nous fîmes bouger le couvercle du sarcophage. Une odeur de cadavre en décomposition agressa nos narines. A l’intérieur se trouvait une momie toute desséchée qui tenait un livre entre les mains comme pour le protéger ou le garder à jamais près d’elle. J’enlevai les doigts du mort et pris le livre. Après avoir enlevé la poussière qui le recouvrait, je l’ouvris à la première page. Le titre était écrit avec du sang et dans une langue inconnue de moi. Je le tendis à Amir pour qu’il l’inspecte. Lorsqu’il eût lu un petit passage, son sourire revint.

– Ce livre s’appelle le livre des morts. Est-ce que tu en as entendu parler?

– Un peu pendant mes années à l’université. Ce serait un des livres les plus recherchés au monde par les praticiens de la magie noire. Je pense que nous devrions le cacher. Si des personnes mal intentionnées tombaient là-dessus, nous serions dans de beaux draps. Je suis un croyant et on ne peut laisser des gens jouer avec la vie des autres. Soit on le cache, soit on le détruit.

– Je ne vais pas cacher et encore moins détruire un livre que j’ai cherché toute ma vie. Il n’en est pas question.

– Mais de quoi tu parles?

– Désolé George, vraiment désolé…

Avant même que je ne puisse réagir, Amir m’assomma avec une pierre trouvée par terre.

Lorsque je me réveillai, il avait disparu avec le livre et les notes sur mes recherches. Je ne l’ai jamais plus revu.

Depuis ce jour, j’ai fait énormément de recherches sur la magie noire et appris des choses si terribles que je ne peux plus dormir sans cauchemars. Amir réapparaitra le jour où il aura percé tout les secrets du Nécronomicon et ce jour là, il n’y aura que moi pour l’affronter et l’arrêter.


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